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Un ralentissement de l’augmentation de l’espérance de vie des Canadiens soulève des questions en matière de planification et de financement de la retraite

Par Paul Grant, FIA, AICA

Le 20 septembre 2018, l’actuaire en chef du Bureau du surintendant des institutions financières a publié la plus récente fiche de renseignements sur les statistiques de mortalité pour les prestataires du Programme de la sécurité de la vieillesse (SV) au Canada. Cette fiche montre que le rythme de l’augmentation de l’espérance de vie observée chez les bénéficiaires de la SV a ralenti depuis les 15 dernières années.

Figure 1. Diminution annuelle moyenne des taux de mortalité par groupe d’âge

Mortalite Hommes
Mortalite Femmes

Dans le présent article, nous examinons les répercussions possibles de ce ralentissement sur les régimes de retraite d’employeur et sur les besoins des Canadiens en matière de planification de la retraite, ainsi que les conséquences qui pourraient résulter d’une reprise de l’augmentation de la longévité.

Plus récentes statistiques

L’espérance de vie des bénéficiaires de la SV a connu une hausse au cours des 15 dernières années, et elle continue d’augmenter. Toutefois, le rythme de cette augmentation a ralenti. L’espérance de vie moyenne d’un homme de 65 ans bénéficiaire de la SV s’est accrue de 2,3 mois pendant la période de cinq ans allant de 2003 à 2007, de 2,3 mois de 2008 à 2012, mais de seulement 0,9 mois de 2013 à 2017. La figure 1 ci-dessus illustre le ralentissement de l’amélioration de la mortalité chez les Canadiens plus âgés depuis les 15 dernières années environ.

Qu’est-ce qui a provoqué ce ralentissement?

Des tendances semblables ont été observées chez les Britanniques et les Américains. Des actuaires du Canada et de l’étranger avaient anticipé un ralentissement de l’augmentation de la longévité alors qu’elle avait atteint des sommets au début des années 2000. Un accroissement rapide de l’espérance de vie des retraités au 20e siècle s’expliquait par une réduction de la prévalence du tabagisme et d’importantes améliorations apportées à la prévention et au traitement des maladies cardiovasculaires. Il était peu probable que ces tendances se poursuivent indéfiniment.

Par ailleurs, les données ont permis de déceler une « cohorte dorée » de gens nés entre 1925 et 1945 qui ont semblé bénéficier d’une amélioration de l’espérance de vie plus rapide au cours de leur vie que les générations nées avant ou après eux. On a laissé entendre que cet effet a découlé, entre autres choses, du fait qu’ils ont largement évité les conflits majeurs et ont bénéficié d’une meilleure alimentation durant leur petite enfance ainsi que de l’élargissement des systèmes de santé publique après la Seconde Guerre mondiale. Il a aussi été constaté que l’effet de cette « cohorte dorée » s’estompe à mesure que cette génération vieillit et qu’il finira par disparaître lorsque ce groupe s’éteindra.

Cependant, le récent ralentissement est plus marqué que prévu. La fiche de renseignements sur les statistiques de mortalité du Programme de la sécurité de la vieillesse n’en explique pas les raisons possibles. Or, le ralentissement de l’augmentation de l’espérance de vie dans plusieurs pays occidentaux laisse croire qu’il pourrait être corrélé avec l’affaiblissement de la progression des revenus réels et une insécurité croissante à la suite de la crise financière mondiale survenue en 2008 et 2009. D’autres facteurs ont également été cités, comme l’épidémie d’opioïdes, la prévalence accrue de la grippe, la démence, et la capacité réduite de maintenir et de répéter les effets positifs des interventions visant à prévenir les maladies cardiovasculaires.

Qu’est-ce que cela signifie pour les régimes de retraite d’employeur?

Les prestataires de la SV représentent un plus grand groupe que celui des régimes de retraite d’employeur. Ils incluent ceux qui étaient absents du marché du travail pendant leurs années de vie active, de même que ceux qui étaient travailleurs autonomes ou occupaient un emploi précaire. Il existe un lien très fort entre l’espérance de vie et l’affluence, donc les tendances de la SV peuvent ne pas être reproduites au sein des participants de régimes de retraite d’employeur. Le nombre moins élevé de participants à ces régimes et les sources de données plus diffuses rendent aussi les statistiques de la SV plus difficiles à reproduire de façon concluante pour la population active.

La plupart des régimes de retraite à prestations déterminées sont capitalisés en fonction d’hypothèses qui présument déjà que les taux d’amélioration de la mortalité connaîtront une importante diminution future. Si cette réduction se produisait plus rapidement que prévu, les niveaux de capitalisation connaîtraient une légère amélioration. Toutefois, à moins d’une diminution de l’espérance de vie, ces retombées seraient faibles comparativement aux variations dues au rendement des placements et aux taux de cotisation et d’intérêt.

Il est également possible que l’augmentation de la longévité s’accroisse de nouveau, ce qui pourrait avoir une plus grande incidence sur les régimes de retraite. Les interventions médicales, notamment l’immunothérapie, la thérapie génétique, la nanotechnologie et les médicaments biologiques, ainsi que les améliorations médicales apportées par les mégadonnées et l’intelligence artificielle pourraient faire en sorte que l’espérance de vie s’allonge de nouveau.

Et ce n’est pas tout : selon certains théoriciens, le vieillissement pourrait même être freiné ou inversé dans l’avenir. En effet, la durée de vie de certaines espèces de vers a déjà été plus que quintuplée grâce à des techniques génétiques utilisées en laboratoire. Cette notion peut sembler farfelue, mais la rapidité des changements pourrait augmenter rapidement au fil du temps. L’impact d’une telle percée technologique pourrait supplanter les effets du recul du tabagisme au 20e siècle. Dans l’éventualité du développement de cette technologie, le temps de développement ainsi que la rapidité avec laquelle elle deviendra accessible à la population influenceront de façon décisive son impact sur les régimes de retraite.

Pour les plus pessimistes, les répercussions des changements climatiques, la résistance aux antibiotiques, les opioïdes, l’obésité et l’accroissement des inégalités pourraient avoir un impact dramatique dans le sens inverse. Ce qu’il faut retenir, c’est que la conjoncture passée ne se reproduira pas dans l’avenir. La situation pourrait évoluer comme jamais auparavant et d’une façon que la plupart d’entre nous ne peuvent même pas imaginer.

Même un retour de l’amélioration de l’espérance de vie aux taux enregistrés au début des années 2000 pourrait réduire les niveaux de capitalisation d’au moins 10 % et replonger en déficit de nombreux régimes de retraite à prestations déterminées entièrement capitalisés. Il importe de noter qu’un effet de 10 % sur la capitalisation causée par des changements dans l’espérance de vie n’est pas un phénomène sans précédent – de nombreux régimes ont connu des améliorations de cette magnitude dans la dernière décennie.

Ceux qui se fient à leur épargne personnelle ou à un régime de capitalisation d’employeur pour toucher un revenu de retraite font face à une plus grande incertitude. Bien que les grandes tendances auront des répercussions, la variation dans l’espérance de vie sur le plan individuel est presque impossible à prévoir. Cependant, on observe que les Canadiens sous-estiment leur exposition au risque de longévité. Reportez-vous au numéro de septembre 2018 de Nouvelles et opinions sur la perception des risques et les stratégies en matière de retraite des Canadiens, dans lequel on constatait que la plupart des répondants à un sondage sous-estimaient leur propre espérance de vie ainsi que la valeur des rentes viagères, et ne comprenaient pas l’effet cumulatif de l’inflation.

Les employés doivent planifier leurs besoins à la retraite et tenir compte du risque qu’ils pourraient épuiser leurs économies de leur vivant. Les employeurs peuvent les aider en leur donnant accès à de l’information, des conseils, et à des stratégies de décaissement sûres, dont l’achat de rentes viagères.


Commentaires

L’amélioration de la mortalité a ralenti dans la population canadienne, mais les raisons de ce ralentissement et ses conséquences, surtout à long terme, pour les régimes de retraite d’employeur demeurent inconnues. Bien qu’il n’y ait aucune urgence à court terme de changer les hypothèses de capitalisation, chaque promoteur de régime de retraite à prestations déterminées devrait tenir compte de sa sensibilité au risque de longévité et de sa capacité à l’assumer, de même qu’aux répercussions possibles sur le régime et ses participants. L’avenir à long terme est très incertain, et le risque de longévité pourrait demeurer important. Il pourrait être judicieux à l’heure actuelle d’analyser les données du régime, de modéliser des scénarios futurs, et d’envisager des stratégies d’atténuation ou de transfert du risque de longévité. Mieux vaut effectuer cette analyse maintenant, alors qu’un bon nombre de régimes sont en bonne situation financièrement, que plus tard. Rien ne garantit que les bonnes nouvelles en raison du bon rendement des placements au cours des dernières années, des taux d’intérêt, et peut-être même de l’expérience de mortalité, perdurera.

Pour les travailleurs qui financent eux-mêmes leur retraite ou qui se fient aux régimes de capitalisation d’employeur, les risques sont encore plus grands. Les employeurs devraient réfléchir à l’aide qu’ils pourraient apporter aux employés afin de les renseigner sur le risque de longévité et des diverses stratégies de décaissement.


Nouvelles et opinions - décembre 2018 (PDF)