Boardroom

Rapport 2015 sur les priorités en matière de santé mentale au travail

Découvrez ce que les employeurs, les employés et les médecins pensent de la santé mentale au travail.

Vision

Vous êtes ici

Pourquoi nous ne pouvons plus prendre une retraite anticipée

D’ici 2029, l’âge d’admissibilité aux prestations du programme de Sécurité de la vieillesse (SV) passera à 67 ans. Après près d’un demi-siècle d’améliorations constantes des régimes de retraite d’État, il s’agit du premier recul important qui touchera les Canadiens à revenus moyens. Et ce pourrait bien ne pas être le dernier. Depuis 40 ans, les facteurs démographiques et les marchés financiers ont joué en notre faveur, nous permettant de profiter de retraites toujours plus longues. Toutefois, cet âge d’or semble tirer à sa fin. Le changement de l’âge d’admissibilité à la SV n’en est pas la cause, mais plutôt un symptôme.

On pourrait comparer le récent contexte canadien de la retraite à un verre plein aux neuf dixièmes dont on ne s’entête à voir que le dixième qui est vide. Malgré les rentes sous-optimales produites par les régimes de retraite et les REER, la plupart des retraités canadiens vivent bien. Le taux de pauvreté chez les aînés est extrêmement faible (voir l’encadré) et, malgré tout, les jeunes soixantenaires ont pu partir à la retraite en comptant sur un revenu à tout le moins adéquat, et la majorité d’entre eux jouissent d’un pouvoir d’achat identique à celui qu’ils avaient lorsqu’ils travaillaient, voire supérieur. Trois facteurs expliquent ce phénomène :

  1. Les retraités des dernières années ont accumulé une richesse considérable grâce à la valeur de leur résidence. Ils peuvent puiser dans cette richesse en vendant leur maison pour en acheter une plus petite, et utiliser le profit ainsi obtenu pour arrondir leur revenu de retraite.
  2. En ne tenant pas compte de la récente crise financière, les marchés financiers performent remarquablement bien depuis le début des années 80, ce qui a contribué à gonfler la valeur des REER.
  3. La croissance rapide de la population active depuis les années 60 a poussé les gouvernements et les employeurs à favoriser les retraites anticipées dans le but de freiner le chômage.

Ces facteurs expliquent en grande partie pourquoi l’âge moyen de départ à la retraite au Canada est passé de 64,9 ans en 1976 à 61 ans en 1999 (voir la figure 2). Nous ferons la lumière sur ce qui s’est passé depuis 1999 dans les paragraphes qui suivent.

Malheureusement, l’avenir semble aujourd’hui beaucoup moins radieux. Les facteurs qui ont contribué à ces résultats positifs se retourneront bientôt contre nous.

LA PAUVRETÉ PARMI LES AÎNÉS

Au Canada, la pauvreté est habituellement mesurée à l’aide du seuil de faible revenu (SFR) publié par Statistique Canada. Le SFR mesure le revenu nécessaire pour acheter un panier de biens jugés essentiels. En 2009, seulement 5,2 % des aînés touchaient un revenu inférieur au SFR comparativement à 10,5 % des Canadiens de 18 à 64 ans. Si nous appliquons une mesure internationale, l’OCDE établit le seuil de pauvreté à 50 % du revenu national médian. Selon ces paramètres, 5,9 % des aînés vivent sous le seuil de la pauvreté comparativement à 12 % de la population générale. À titre comparatif, dans des pays très développés comme les États-Unis, le Japon et la Suisse, le taux de pauvreté est beaucoup plus élevé chez les aînés que dans la population générale. Au Canada, le défi de la pauvreté touche surtout les Canadiens en âge de travailler, pas les aînés.

LES BEAUX JOURS DU MARCHÉ DU LOGEMENT SONT TERMINÉS

Les 30 dernières années ont été particulièrement propices pour les propriétaires de résidence au Canada. À Toronto, par exemple, le prix des maisons a crû de 500 % entre 1980 et 2010, alors que l’IPC n’a augmenté que de 154 %. Dans d’autres villes, le pourcentage d’augmentation a été encore plus élevé. La valeur du logement constitue une part considérable de l’actif net de la plupart des Canadiens. La richesse que représente la valeur des biens immobiliers, nette d’hypothèques, est en fait supérieure à l’actif détenu dans le Régime de rentes du Québec et le Régime de pensions du Canada, tous les REER et tous les régimes de retraite agréés mis ensemble.

Or, tout cela changera bientôt, car il est quasi certain que le prix des maisons augmentera beaucoup plus lentement au cours des dix prochaines années ou plus. On peut déjà percevoir certains signes de danger :

  • Depuis quelques années, les prix augmentent beaucoup plus rapidement que les revenus. Dans les quatre plus grandes villes canadiennes, les revenus moyens ont augmenté de 23 % à 32 % entre 1996 et 2009, selon la ville, alors que la hausse du prix des maisons s’est située entre 100 % et 200 %1.
  • Le coût des logements locatifs a augmenté beaucoup plus lentement que le prix des maisons. Les données de l’OCDE pour 2008 montrent que le ratio prix-loyer canadien avait atteint un sommet inégalé et était également le deuxième en importance parmi les pays membres de l’OCDE. Un ratio prix-loyer élevé est considéré comme un important facteur prédictif de l’évolution future du marché de l’habitation2. Lorsque ce ratio s’écarte trop des normes historiques, il finit habituellement par y revenir, mais seulement après un rajustement à la baisse du prix des maisons et non une hausse des loyers. Quand on pense que cette observation a été faite dans un commentaire plutôt visionnaire3 portant sur le marché du logement des États-Unis en 2004, deux ans avant l’effondrement dramatique des prix, cela donne à réfléchir!
  • Le pourcentage de Canadiens propriétaires de leur résidence a grimpé de 64 % en 2000 à 70 % aujourd’hui, ce qui signifie qu’il est de 1 % supérieur à ce qu’il était aux États-Unis avant l’éclatement de la bulle immobilière en 2006. Dans la tranche supérieure de 40 % des ménages par niveau de revenu, 90 % possèdent leur maison. Nous en sommes presque au point où il y aura peu de nouveaux acheteurs nets prêts à surenchérir pour mettre la main sur une maison, en supposant que nous n’y sommes pas déjà.

Le taux hypothécaire fixe de 5 ans, qui se situait à 18 % en 19824, n’est plus que de 2,99 % en 2012. Cette chute des taux d’intérêt signifie que le paiement d’une hypothèque de 100 000 $ sur 25 ans est passé de presque 1 500 $ par mois à moins de 500 $! Les taux hypothécaires sont au prix des maisons ce que les taux d’intérêt sont aux obligations : lorsque les taux chutent, les prix augmentent. Le déclin des taux hypothécaires a plafonné le coût de la propriété résidentielle, même si le prix des maisons a atteint des sommets jamais vus. Or, ces taux ont atteint un plancher et l’abordabilité des maisons se précarisera bientôt. Au quatrième trimestre de 2011, le coût de possession moyen d’un bungalow au Canada correspondait à 42,2 % du revenu d’un ménage avant impôt5, ce qui équivaut à 60 % ou plus du revenu après impôt. Il aurait été encore plus élevé pour une maison à deux étages. Si les taux hypothécaires revenaient à la moyenne de 8,8 % des 60 dernières années, le coût de possession moyen d’un bungalow, à l’échelle nationale, atteindrait 80 % du revenu après impôt6. À Vancouver et Toronto, le coût moyen dépasserait 100 %!

Évidemment, les forces du marché se mettraient en marche bien avant que cette situation se produise. Les familles qui ont déjà de la difficulté à payer leur hypothèque ne seraient pas en mesure d’effectuer des versements plus élevés et devraient soit vendre leur maison et en acheter une plus petite, soit devenir locataires. La conséquence immédiate sera une pression à la baisse sur le prix des maisons. Deuxième conséquence : les familles auront moins d’argent à épargner pour leur retraite, et la valeur de leur résidence en tant qu’actif de retraite sera moins élevée.

Le pire scénario serait un effondrement du marché immobilier semblable à celui qui s’est produit aux États-Unis en 2008; il faudrait alors compter dix ans ou plus avant que le marché se rétablisse, comme on a pu le constater lors de la dernière crise de l’habitation qui a secoué le Canada en 1989. Le scénario le plus probable est une période prolongée de stabilité ou de lente croissance du prix des maisons. Dans un cas comme dans l’autre, posséder une maison n’engendrera plus autant de richesse que par le passé, et les principales victimes seront les personnes qui se dirigent vers la retraite.

LES MARCHÉS FINANCIERS SERONT MOINS GÉNÉREUX

La crise financière qui a commencé au milieu de 2007 et a pris fin au début de 2009 a été l’événement le plus dévastateur pour les marchés financiers depuis la crise de 1929. Malgré tout, le rendement moyen avant les frais pour une caisse de retraite, sur une période de 25 ans se terminant le 31 décembre 2009, s’établissait à un solide 9,1 % par année et se comparait favorablement à l’inflation, qui se situait en moyenne à 2,5 % pendant cette même période.

Quiconque cotisait régulièrement à un REER ou à tout autre régime de capitalisation pendant cette période et investissait le tout dans des actions et des obligations s’en serait fort bien tiré. Tout comme la chute des taux hypothécaires a propulsé le prix des maisons à des niveaux stratosphériques, le déclin des taux d’intérêt a gonflé le rendement des actions et des obligations, particulièrement des obligations. Le rendement annuel moyen des obligations à long terme du Canada pour la période de 30 ans terminée en 2011 était de 11,5 %, soit près de 9 % annuellement de plus que l’inflation. La majeure partie de ce rendement de 11,5 % découlait des gains en capital sur les obligations, car les rendements ne cessaient de diminuer. Cette étonnante performance de la part des obligations ne se répétera pas de sitôt. Ayant atteint des seuils historiques, le rendement des obligations ne peut que repartir à la hausse ou faire du surplace. Une théorie suppose que le rendement des obligations a tendance à garder le même cap pendant 30 ans, ce qui signifie que nous nous dirigeons vers 30 ans d’augmentation des rendements qui correspondra à une baisse du prix des obligations. Même si cela ne s’avère pas, nous constaterons probablement des pertes en capital plus fréquentes sur les obligations dans les années à venir, et les gains en capital se feront de plus en plus rares. Les actions devraient également produire des rendements réels moins importants à mesure que la population vieillit. Le vieillissement de la population entraînera probablement des gains de productivité plus modestes et une croissance plus lente du PIB qui, selon certains, se traduira par des rendements réels plus faibles des actions. C’est en tout cas ce qui semble se passer au Japon et en Europe. La plupart des actuaires conviendront que le rendement attendu d’un fonds équilibré variera de 5 % à 6,5 % par année, selon la répartition de l’actif, le taux de 6,5 % provenant d’un portefeuille contenant une forte proportion d’actions.

Pour donner une idée des répercussions de rendements plus faibles sur un régime de capitalisation, supposons que le salaire d’une femme qui cotise à un REER a augmenté régulièrement au cours des 30 dernières années, en fonction de l’inflation et au fil des promotions, et qu’il se chiffre aujourd’hui à 100 000 $. Si elle a versé 8 % de son salaire dans un REER pendant toutes ces années et a obtenu un rendement annuel de 11,5 % sur ses placements, le solde de son compte serait de 643 000 $ aujourd’hui. Si ses placements n’avaient produit que la moitié de ce rendement, son solde s’élèverait à 327 000 $.

Ce n’est qu’un côté de la médaille. Son revenu de retraite sera moins élevé non seulement en raison du solde inférieur de son compte au moment de sa retraite, mais aussi parce que ses revenus de placement à sa retraite seront plus faibles.

Supposons qu’au lieu de souscrire une rente avec le solde de son compte de REER, notre nouvelle retraitée transfère l’actif de son REER dans un fonds enregistré de revenu de retraite (FERR) constitué une fois encore d’actions et d’obligations. Supposons maintenant qu’elle touche un revenu annuel stable de son FERR. Si son solde était de 643 000 $ et qu’elle espérait un rendement de 7 % de son FERR, un chiffre qui semblait prudent avant la crise financière, son revenu annuel nivelé serait d’environ 52 000 $7. Par contre, si son solde s’élevait à 327 000 $ et qu’elle comptait sur un rendement de 5,75 %, une cible qui semble désormais presque audacieuse, surtout pour une retraitée, son revenu annuel atteindrait à peine 23 000 $, soit moins de la moitié.

Voilà qui place le participant d’un REER ou d’un régime de retraite CD devant un choix difficile : commencer à épargner deux fois plus ou reporter sa retraite. Puisqu’il est difficile d’épargner davantage compte tenu du coût élevé des logements, il est fort probable que les gens n’épargneront pas plus et prendront leur retraite plus tard.

Figure 1 - Présence féminine au sein de la population active (femmes âgées entre 15 et 64 ans)

LORSQUE LA PRESSION EXERCÉE PAR LES FACTEURS DÉMOGRAPHIQUES FAVORISAIT LA RETRAITE ANTICIPÉE

En 1961, seulement 33,4 % des femmes travaillaient à l’extérieur de la maison8. Comme on peut le voir à la figure 1, ce pourcentage a connu une ascension vertigineuse au cours des 40 années suivantes pour atteindre récemment un sommet de 67,6 %. Ce phénomène a eu des répercussions majeures sur la population active, répercussions parfois sous-estimées. Si la représentation féminine était restée au niveau de 1961, il y aurait aujourd’hui quatre millions de femmes en moins sur le marché du travail canadien.

L’autre événement démographique d’importance qui se produisait au même moment est l’arrivée à l’âge adulte des baby-boomers. La première cohorte a commencé à investir le marché du travail à la fin des années 60, et la dernière au début des années 90.

En lui-même, chacun de ces événements est marquant. Combinés, ils ont mis l’économie à rude épreuve, car l’économie a dû absorber un nombre phénoménal de travailleurs. Même si le pays jouissait d’une économie florissante dans les années 60, il était impossible de créer des emplois assez rapidement pour tous les combler. Il était donc inévitable que le taux de chômage augmente. Le tableau 1 illustre la hausse marquée du taux de chômage à chaque décennie, y compris les années 90.

Tableau 1 - Taux de chômage au Canada

En raison du surplus de main-d’oeuvre apparu au début des années 70, les employeurs encourageaient généralement les travailleurs à prendre une retraite anticipée afin de profiter d’un bassin de candidats jeunes et moins coûteux à la recherche d’un premier emploi. Donc, hormis les visées habituelles consistant à attirer et fidéliser les employés, les régimes de retraite étaient en vogue, car ils permettaient d’inciter les travailleurs à prendre une retraite anticipée, ce qui répondait parfaitement aux besoins des entreprises de l’époque. Ainsi, les années 80 et 90 représentaient l’âge d’or de la retraite anticipée, les employés se voyant poussés vers la sortie avec d’alléchantes compensations financières.

Dans leurs efforts pour inciter les employés plus âgés à quitter le monde du travail, les employeurs bénéficiaient de la coopération tacite des syndicats, tout aussi désireux de trouver des emplois pour les nouveaux travailleurs, à la condition bien sûr que leurs collègues chevronnés soient bien traités à leur départ. Les syndicats ont ainsi négocié des prestations de retraite anticipée non réduites dans les conventions collectives, ce qui a renforcé l’esprit de retraite anticipée qui régnait alors, même s’il n’y avait pas de programme spécial de retraite anticipée.

Pour sa part, l’État souhaitait également voir les travailleurs plus âgés prendre leur retraite et faire place aux travailleurs qui entraient sur le marché du travail, puisqu’un taux de chômage élevé a toujours été un enjeu électoral délicat; il est en effet beaucoup plus simple d’aider les travailleurs à quitter la vie active que de créer des emplois. Les gouvernements fédéral et provinciaux ont donc instauré puis amélioré différents programmes pour faciliter la retraite, notamment :

  • l’instauration des REER en 1957;
  • les lois réglementant les régimes de retraite agréés, adoptées vers le milieu des années 60;
  • le Régime de rentes du Québec et le Régime de pensions du Canada, lancés en 1966;
  • la réduction à 65 ans de l’âge d’admissibilité à la SV, entre 1965 et 1969;
  • l’instauration du Supplément de revenu garanti, en 1967; et
  • la possibilité de toucher des prestations au titre du RRQ/RPC dès 60 ans, offerte en 1987.

Bien sûr, certains de ces programmes auraient été proposés d’une manière ou d’une autre, mais les pressions démographiques ont considérablement influencé la volonté politique en ce sens.

Notre nation a donc profité d’une situation gagnant-gagnant au carré, car les employeurs, les jeunes chercheurs d’emploi, les syndicats et le gouvernement ont tous tiré avantage de l’abandon hâtif de la vie active par les travailleurs plus âgés. Même ces derniers en ont profité, dans la mesure où ils ont été richement compensés pour prendre leur retraite plus tôt qu’ils ne l’avaient prévu. Le résultat net s’est traduit par une tendance prolongée à la retraite anticipée. La figure 2 montre que l’âge moyen de la retraite a suivi une courbe descendante au cours du dernier quart du 20e siècle. Nous décrirons dans les pages qui viennent ce qui s’est passé depuis.

Figure 2 - Âge moyen de la retraite au Canada

DES PRESSIONS DÉMOGRAPHIQUES QUI S’ATTÉNUENT

Au début des années 90, tous les baby-boomers étaient en âge de travailler et vers 2006, la présence féminine au sein de la population active avait atteint un plateau. Pour la première fois en 40 ans, aucun nouveau groupe de travailleurs identifiable et important n’envahissait le marché du travail. Enfin, le gouvernement et les employeurs n’étaient plus obligés d’encourager les retraites anticipées. Or, étonnamment, la population active a poursuivi sa croissance à un rythme soutenu pendant les années 2000, jusqu’à la récession de 2009 (voir la figure 3).

Figure 3 - Population active (en millions)

Hormis pendant les trois grandes récessions, où la création d’emplois était nulle ou négative, la croissance de la population active a été remarquablement linéaire depuis 1976. Entre 1993 et 2008, de récente mémoire le laps de temps le plus long entre deux récessions, la population active s’est enrichie de 280 000 travailleurs par année. Mais comment a-t-elle ainsi pu conserver ce rythme de croissance alors que les deux sources séculaires qui l’alimentaient en grande partie étaient en train de se tarir?

La réponse, c’est que nous pouvions compter sur une réserve stratégique de travailleurs composée de chômeurs. Ce bassin s’est constitué au fil des années, en raison d’un taux de chômage élevé. Le taux de chômage a en effet doublé entre les années 50 et les années 90, atteignant un sommet de 1,6 million de chômeurs en 1993. Comme on peut le voir au tableau 1, le taux de chômage moyen s’élevait à 9,6 % dans les années 1990. Au cours de la première décennie du 21e siècle, cette moyenne a chuté à 7 % seulement, et notre main-d’oeuvre excédentaire a fondu. Cette tendance du chômage toujours croissant, qui durait depuis 40 ans, est donc en train de se renverser.

CE QUE NOUS RÉSERVENT LES 20 PROCHAINES ANNÉES

Nous pouvons nous attendre à ce que le taux de chômage poursuive son déclin jusqu’à ce qu’il atteigne les limites du chômage structurel, qui se situe probablement aux alentours des 5 % qui prévalaient au début des années 60. En nous fondant sur les récents taux tendanciels, nous devrions y arriver d’ici dix ans, à moins d’une autre récession économique majeure. Nous nous retrouverons alors dans une situation qui n’évoquera aucun souvenir chez la plupart de nos lecteurs : un faible taux de chômage et une main-d’oeuvre insuffisante. Nous pourrons certainement compter sur un apport provenant de l’immigration, mais, comme on peut le voir au tableau 2, si nous ne modifions pas l’âge de la retraite, il y a fort à parier que dans les trente prochaines années, la population active accueillera la moitié moins de travailleurs annuellement qu’au cours des trente dernières années. Une crise se dessine à l’horizon, mais elle touchera l’économie plutôt que la retraite.

Tableau 2 - Ralentissement de la croissance de la population active

Nous nous trouverons à un tournant le jour où, pour la première fois en soixante ans, le taux de chômage sera de nouveau faible; soudain, les soixantenaires toujours aptes à travailler deviendront très intéressants. Ils représenteront en effet un énorme bassin de travailleurs potentiels auxquels il est facile de faire appel. Aujourd’hui, nombre d’entre eux décident de cesser de travailler, car ils peuvent se permettre de prendre une retraite anticipée en raison des facteurs favorables que nous avons décrits précédemment. Puisque ce groupe de travailleurs est le seul qui soit suffisamment important pour avoir un poids, il est plus que probable que les employeurs et les gouvernements feront tout ce qu’il faudra pour les garder au travail plus longtemps, tout comme ils ont fait ce qui était nécessaire pour pousser les gens dans la soixantaine à quitter la vie active de 1965 aux années 90. Ils prendront diverses mesures d’encouragement, notamment la retraite progressive et le travail à temps partiel, qui conviennent aux travailleurs plus âgés. Comme nous l’avons appris récemment, des mesures régressives seront également adoptées, comme repousser l’âge d’admissibilité aux prestations de la SV et peut-être même, éventuellement, aux prestations du RRQ/ RPC. Des modifications pourraient également être apportées à la Loi de l’impôt sur le revenu afin de réduire les déductions fiscales qui encouragent la retraite anticipée, mais pour l’instant il ne s’agit que d’une hypothèse. Le degré d’austérité des mesures que le gouvernement devra prendre dépendra de l’ampleur de la pénurie de main-d’oeuvre.

UN CONSEIL AUX EMPLOYEURS

Il est difficile d’imaginer une pénurie de main-d’oeuvre après plusieurs années de chômage élevé, mais il était tout aussi impensable en 1990 de voir le taux d’inflation annuel atteindre 2 % ou des obligations à long terme produire un rendement de 4 %. Or, c’est bel et bien arrivé, et si l’on tient compte des facteurs démographiques, il y aura presque certainement pénurie de main-d’oeuvre dans un avenir plus ou moins rapproché. Les employeurs peuvent se préparer en modifiant leurs régimes de retraite dès maintenant afin d’assurer qu’ils favorisent des comportements qui cadreront avec les intérêts de leur entreprise lorsque la main-d’oeuvre commencera à se raréfier. Par exemple, de nombreux régimes de retraite à prestations déterminées (PD) comportent encore de généreuses dispositions relatives à la retraite anticipée qui étaient tout à fait sensées dans les années 80 et 90, mais qui pourraient les désavantager dans un proche avenir.

Soulignons que depuis près de 20 ans, il est de plus en plus fréquent de voir les entreprises modifier la structure de leurs régimes afin de favoriser le report de la retraite, en transformant leurs régimes de retraite à prestations déterminées (PD) en régimes de retraite à cotisations déterminées (CD). Les régimes CD favorisent indirectement le report de la retraite, car plus les gens reportent leur retraite et plus les comptes sont garnis, plus les coûts d’achat de rentes baissent. Ce facteur commence peut-être déjà à influencer l’âge de la retraite. Après une baisse constante de l’âge moyen de la retraite qui s’est prolongée jusqu’en 1999 (voir la figure 2), il a doucement commencé à remonter la pente et il se situait à 62,1 ans en 2011. Pour toutes les raisons décrites précédemment, nous pouvons nous attendre à ce que l’âge moyen de la retraite continue à augmenter.

Le plus grand défi pour les employeurs consistera à trouver des emplois convenables aux travailleurs plus âgés qui autrement quitteraient la vie active. Cela pourrait poser problème même lorsque la pénurie de main-d’oeuvre deviendra réalité. La plupart des travailleurs plus âgés veulent continuer à travailler, mais à temps partiel. La plupart des employeurs pourront exaucer ce souhait, mais ils devront réorganiser leurs activités pour accommoder ce surplus d’employés à temps partiel, tout en protégeant les intérêts des actionnaires. En raison de leurs salaires plus élevés et de leurs vacances plus longues, les travailleurs âgés ne sont pas toujours considérés comme aussi « économiques » que leurs jeunes collègues, un autre problème qu’il faudra résoudre dans les années à venir.

QUEL EST L’ÂGE DE RETRAITE IDÉAL AU CANADA?

Compte tenu de la pénurie de main-d’oeuvre imminente, d’une espérance de vie en croissance constante et des rendements médiocres des marchés financiers, il est clair que le moment de la retraite devra être repoussé. Il appert que la retraite à 62 ans n’est plus réaliste. Alors, combien d’années faudra-t-il travailler en plus? Le prochain numéro de Vision, qui sera publié en juin, abordera cette question : à quel âge les Canadiens devraient-ils prendre leur retraite sans imposer un fardeau à la génération suivante?

1Alexandre Pestov, The Elusive Canadian Housing Bubble, Schulich School of Business, février 2010
2John Krainer et Chrishen Wei de la Federal Reserve Bank de San Francisco, 2004
3John Krainer et Chrishen Wei de la Federal Reserve Bank de San Francisco, 2004
4Prêts hypothécaires à taux fixe de 5 ans, Canada
5Source, Banque Royale du Canada, mars 2012
6Alexandre Pestov, The Elusive Canadian Housing Bubble, Schulich School of Business, février 2010
7Suppose des augmentations annuelles couvrant 50 % de l’inflation prévue.
8Données de Statistique Canada, nombre de femmes employées exprimé en pourcentage de la population féminine âgée entre 15 et 64 ans
9Tiré du rapport actuariel au 31 décembre 2009 sur le Régime de pensions du Canada
10Tiré du tableau Cansim no 282-0002 de Statistique Canada
11Tiré du rapport actuariel de 2010 sur le Régime de pensions du Canada


Pour lire l’article complet, veuillez télécharger la version PDF : Vision - 24 Avril 2012