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Rapport 2015 sur les priorités en matière de santé mentale au travail

Découvrez ce que les employeurs, les employés et les médecins pensent de la santé mentale au travail.

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Allocution sur le stress, la santé mentale et la productivité des employés

Alan Torrie Discours INK+BEYOND 29 Mai 2014 à Charlottetown, Île-du-Prince-Édouard.

Bonjour à tous,

Je suis vraiment très heureux d’être ici une fois de plus et je vous suis très reconnaissant de m’avoir invité à votre conférence.

L’Île-du-Prince-Édouard est une province si belle que je me demande pourquoi certains Canadiens aimeraient que les îles Turquoises deviennent un territoire du Canada. Si vous regardez à la page 17 de ce livre magnifique, gracieuseté de The Guardian, vous y verrez une photo de notre hiver canadien; bon, cet argument n’est peut-être pas idéal. Néanmoins, nous sommes très chanceux d’être réunis dans ce beau coin de pays.

J’ai été invité à parler d’un sujet qui fait couler beaucoup d’encre actuellement; non seulement de la vraie encre, mais aussi l’encre numérique et celle des vidéos et des médias sociaux. Je parle ici du lien qui existe entre le stress, la santé mentale et le milieu de travail et, plus particulièrement, des conséquences du stress sur la productivité des employés au Canada à l’heure actuelle.

Après avoir reçu votre invitation, j’ai immédiatement regardé l’ordre du jour de la conférence. J’ai trouvé que les thèmes abordés et les conférenciers étaient particulièrement intéressants.

Je dois admettre que je me suis senti plutôt intimidé lorsque j’ai constaté que j’étais la seule personne non associée aux médias à parler devant une salle remplie d’experts. Est-ce que je serai obligé de divulguer mes sources? Mes propos seront-ils enregistrés? Le sujet de la santé du cerveau s’intégrera-t-il à votre ordre du jour?

Ensuite, je me suis hâté d’effectuer une recherche sur Internet afin de me renseigner sur vous et votre secteur d’activité.

Voici donc ce que j’ai appris : votre secteur subit des transformations incroyables.

  • La technologie : l’information et les connaissances se numérisent.
  • Internet : le Web accélère la diffusion des nouvelles et la concurrence est vive.
  • Journaux papier versus journaux numériques : une tradition est en voie de disparaître.

J’ai constaté en lisant les nouvelles que le journalisme est touché par de nombreux changements et, en ce qui concerne le stress, vous ne serez donc pas étonnés de m’entendre dire que vous avez [appelons un chat, un chat… de bonnes raisons de vous inquiéter.

J’ai poursuivi mes recherches.

J’ai découvert un sondage sur les métiers les plus stressants réalisé récemment au Canada par une entreprise du Royaume-Uni. Le journalisme figure au quatrième rang parmi les 10 métiers les plus stressants, en fonction de critères fondés sur des facteurs de stress comme le stress physique et émotionnel, la rémunération et la satisfaction au travail.

Vous vous situez après les pilotes et juste avant les pompiers. Ce sont là deux métiers où les gens risquent leur vie. C’est également vrai que dans certains pays, trop de pays, hélas!, où les journalistes mettent leur vie en péril lorsqu’ils dévoilent la vérité.

Mais le problème est un peu différent au Canada... alors j’ai poursuivi ma recherche.

Il y a quelques semaines, mon entreprise, Morneau Shepell, a tenu son assemblée annuelle des actionnaires à Halifax. Après la rencontre, j’ai parlé à quelques journalistes qui désiraient me poser des questions au sujet de notre entreprise. Comme je voulais aller directement à la source, j’ai profité de l’occasion pour interviewer une journaliste en prévision de cette conférence et je lui ai posé une question : aimez-vous votre métier de journaliste?

Elle m’a répondu : Je l’aime, mais c’est un métier stressant.

Il y a la pression constante de l’heure de tombée :

  • le travail acharné pour aller au coeur des choses et la nécessité d’assumer le poids des mots;
  • la pression de savoir que notre travail est examiné par des milliers et parfois des millions de personnes, et que nos articles et notre réputation sont en jeu chaque jour.

Ce sont là d’importants facteurs de stress, et ils sont certainement beaucoup plus grands que ceux que je dois gérer dans le cadre de mon travail.

Il y a aussi tout ce qui se passe dans les coulisses : le contexte commercial du journalisme, qui est le propos de cette conférence.

La technologie – ou l’innovation en général, dans la jungle sauvage de l’économie numérique et d’Internet – entraîne de nombreux changements dans le domaine du journalisme, et certains sont difficiles à gérer.

Vous le savez sûrement mieux que moi : les forces de l’innovation ont réduit comme peau de chagrin les revenus provenant de la vente des journaux si essentiels à notre société démocratique. Dans ce cas, où trouver l’argent pour payer les journalistes, les rédacteurs en chef et tous les employés qui contribuent au fonctionnement quotidien de votre entreprise?

Et la pression continue de s’intensifier…

  • Avons-nous, mes employés et moi, les compétences requises pour fonctionner dans le monde en évolution constante des médias et du journalisme?
  • Mon organisation et ma salle de rédaction vont-elles une fois de plus faire l’objet d’une réduction de personnel ou d’une restructuration?
  • Qui vais-je devoir laisser aller la prochaine fois?
  • Vais-je encore avoir un emploi demain?

Et ça, c’est seulement sur le plan professionnel.

Comme tous les Canadiens, vous avez également des pressions personnelles.

  • La situation financière : les Canadiens sont de plus en plus endettés.
  • L’évolution démographique : les gens de la classe moyenne sont pris en sandwich entre leurs parents dont le vieillissement les inquiète et leurs enfants qui ne réussissent pas à voler de leurs propres ailes.

La vitesse du changement : il semble que, dans tous les aspects de la vie moderne, les choses ne cessent d’évoluer rapidement. La technologie en est la principale cause, et la rapidité du changement présente des avantages. Mais, honnêtement, il y a une limite à ce que nous pouvons gérer ou accomplir dans une journée.

D’autres facteurs peuvent aussi causer énormément de stress : les changements qui touchent la structure familiale, les difficultés conjugales et une durée de vie plus longue, pour n’en nommer que quelques-uns.

Vous vous inquiétez parfois; en fait, nous avons tous des inquiétudes.

  • Aurais-je les moyens de prendre ma retraite?
  • Avons-nous, ma famille et moi, une protection adéquate en matière de soins de santé?
  • Et, si j’éprouve des problèmes en cours de route, par exemple, une maladie physique ou psychologique ou les deux, vais-je pouvoir obtenir du soutien pour nous aider, ma famille et moi, pendant mon rétablissement?

Les personnes qui occupent un poste de gestion, et j’ai remarqué au moment de l’inscription que c’est le cas pour la plupart d’entre vous, doivent vraiment se pencher sur le stress dans leur organisation afin d’aider leurs employés à mieux le gérer, et non seulement pour protéger leur santé.

C’est tout simplement judicieux sur le plan des affaires : pour demeurer concurrentiels, nous devons pouvoir compter sur des employés en santé, motivés et productifs.

C’est ainsi que je me suis enfin senti à l’aise avec votre ordre du jour. En fait, lorsqu’il s’agit de santé mentale au travail, le profil de votre secteur d’activité est très similaire à celui des entreprises en général où l’anxiété, le stress, la dépression et la dépendance sont devenus la principale cause d’absence et de perte de productivité.

Et cette histoire a plusieurs dimensions que j’aimerais approfondir avec vous. Auparavant, permettez-moi de vous parler un peu de mon entreprise et des raisons qui m’incitent à aborder ce sujet.

Morneau Shepell est la plus importante société canadienne offrant des services d’impartition et des services-conseils en ressources humaines et un chef de file dans ce secteur en Amérique du Nord. Nous sommes une entreprise de taille moyenne, nos revenus annuels s’élèvent à environ 500 millions de dollars et nous comptons près 3 500 employés.

Nous fournissons des solutions dans trois domaines essentiels au fonctionnement de toutes les organisations et de leurs employés.

En bref,

Santé et assurance collective propose des solutions liées :

  • à la gestion des absences et de l’invalidité;
  • à la planification et la conception de régimes de santé et d’assurance collective;
  • aux programmes d’aide aux employés et à la famille;
  • à la santé organisationnelle.

Services administratifs en impartition, notamment dans les domaines suivants :

  • régimes de retraite;
  • régimes d’assurance collective;
  • régimes d’épargne à l’intention des employés;
  • retraite et régimes de retraite, ce qui comprend :
  • services-conseils en régimes de retraite et actuariat, et
  • gestion d’actifs et des risques.

C’est ainsi que nous avons à notre emploi des actuaires, des travailleurs sociaux et des psychologues. Une combinaison unique sous un même toit.

La logique qui anime notre entreprise est vraiment simple.

Le coeur de votre organisation.

Nous sommes à l’écoute de clients afin de comprendre leurs besoins et de leur offrir des solutions qui favorisent le succès de leur entreprise.

Nous comprenons également les besoins complexes des employés, le chevauchement de la vie personnelle et de la vie professionnelle, de l’émotionnel et du rationnel, qui façonnent la culture organisationnelle et influent sur la productivité.

Nos solutions sont conçues pour répondre aux besoins des entreprises – nos clients – et de leurs employés, au bénéfice de tous.

Ainsi, au cours des six dernières années, nos revenus ont triplé et le nombre de nos employés a doublé. Et nos services sont très recherchés.

Chaque jour, nous voyons bien des choses sous la surface des organisations du secteur privé et public, petites ou grandes, qui participent à l’économie canadienne… des choses parfois bonnes, parfois mauvaises et parfois affreuses.

Ce que nous avons vu nous incite à croire qu’en raison des problèmes liés au stress, lorsqu’il s’agit des employés et de leur productivité au travail, la situation ne s’améliore pas, elle s’aggrave.

Examinons la situation dans son ensemble.

En matière de productivité nationale, qui fait l’objet d’un débat sur la place publique, le Canada ne suit pas le rythme des autres pays. En fait, nous stagnons.

C’est une histoire ancienne qui a déjà fait les manchettes et sur laquelle nos groupes de réflexion se penchent encore, mais elle est remarquable. Le Canada devrait naturellement être très productif, surtout que nous nous classons au premier rang des pays de l’OCDE où les adultes ont terminé des études postsecondaires. Mais ce n’est pas le cas.

Trouvez l’erreur!

Depuis plus d’une génération ou plus, on nous dit que la productivité est principalement liée aux investissements dans la technologie.

Cependant, si on regarde la situation sous un autre angle, nous apprenons des choses très importantes sur le problème et sa solution. Et, comme je l’ai mentionné, c’est le lien qui existe entre la productivité et le stress.

En fait, le degré de stress et d’anxiété chez les travailleurs canadiens s’intensifie. La question que nous devons nous poser et le problème que nous devons résoudre se résument à ceci : qu’est-ce que cela signifie sur le plan des coûts sociaux et économiques? Plus important encore : quelles en sont les conséquences, sur le plan humain, pour les travailleurs canadiens aux prises avec des problèmes de santé mentale?

Les réponses devraient nous pousser à agir.

Les données mettent en lumière la forte corrélation entre un degré élevé de stress et une faible productivité.

80 pour cent des employeurs canadiens affirment que les problèmes de santé mentale constituent l’une des principales causes d’invalidité. En fait, elles représentent 30 pour cent des demandes de congé d’invalidité. Par conséquent, les problèmes de santé mentale et les maladies mentales entraînent une perte de productivité évaluée à plus de six milliards de dollars par année au Canada, causée principalement par l’absentéisme.

Si la culture de votre organisation rend vos employés malades ou aggrave leur problème de santé mentale, vous devez vraiment réfléchir aux conséquences humaines et commerciales qui en découlent.

Premièrement, une perte de productivité nuit à votre aptitude à livrer concurrence. Elle affaiblit votre entreprise.

Deuxièmement, une culture organisationnelle toxique nuira à votre capacité d’embauche et de fidélisation d’employés talentueux. Les gens ne voudront pas travailler pour vous ou se joindre à votre équipe, ce qui aura également des répercussions sur la façon dont vous livrez concurrence.

Troisièmement, réfléchissez aux coûts que j’ai mentionnés. Lorsqu’une personne est en congé d’invalidité de longue durée jusqu’à l’âge de 65 ans, les coûts peuvent atteindre un million de dollars et plus. Cela explique la priorité ou l’impératif moral d’aider les personnes vulnérables à se rétablir et à retourner au travail. Et comment cela peut-il se produire si l’environnement de travail les rend malades? Nous pouvons retirer l’amiante du milieu de travail, mais il est évident que nous ne pouvons pas y intégrer une bonne santé cérébrale.

Quatrièmement, dans chaque entreprise ou secteur d’activité, un autre problème se pose pour les gestionnaires : comment peuvent-ils stimuler la créativité et la collaboration chez les employés? En fait, est-il possible de créer et maintenir une culture dans laquelle le rendement des employés dépasse les attentes?

Cela soulève une autre question importante : comment pouvez-vous utiliser le stress au profit de votre entreprise au lieu de le faire jouer contre elle?

Il est certain que le stress ne disparaîtra pas, ni dans le journalisme ni dans aucune autre profession. En fait, il peut exercer une force positive sur la productivité et sur la vie de l’organisation. Je parle ici du bon stress, celui qui vous pousse à vous dépasser, à progresser, à soutenir votre enthousiasme et votre attention, comme lorsque vous rédigez un article important avant l’heure de tombée.

Le mauvais stress est différent. Les employés sont frustrés ou distraits par la petite politique du bureau, un patron qui exagère, des collègues mesquins ou l’épuisement professionnel à grande échelle dans une entreprise où les employés fournissent un rendement exceptionnel sans jamais pouvoir prendre une pause.

J’aime utiliser l’analogie de l’athlète olympique. Il doit savoir comment utiliser le stress pour améliorer sa performance, mais il doit également savoir quand et comment reprendre ses forces et se reposer. Vous devez donc comprendre et connaître quels sont les types de stress que vous encouragez ou gérez dans votre organisation.

Tous ces facteurs créent un ensemble complexe de dynamiques, de défis et de possibilités. Certains d’entre eux favorisent vos objectifs de productivité, tandis que d’autres nuisent. Notre façon de gérer ces facteurs et ces forces, en tant que pays, chefs de file dans notre secteur ou sur le plan individuel, aura des répercussions sur notre prospérité.

Ce sujet est vraiment d’actualité, car Morneau Shepell a récemment collaboré avec l’université Queens à la validation de nos observations sur le stress des employés.

L’équipe de recherche de l’université Queen’s s’est penchée sur une analyse de notre propre base de données. Cette base de données contient tous les renseignements que nous recueillons à titre de principal fournisseur canadien de programmes d’aide aux employés et à la famille.

Selon l’université Queen’s, il s’agit de la base de données de ce genre la plus complète au Canada. Elle contient les données des employés et de leurs personnes à charge provenant de plus de 8 000 organisations clientes. Nos programmes couvrent plus de cinq millions de Canadiens, soit un septième de la population. C’est beaucoup de monde.

Chaque année :

  • nos conseillers reçoivent plus de 500 000 appels;
  • nous ouvrons plus de 400 000 nouveaux dossiers;
  • parmi ces dossiers, 140 000 sont directement liés à un problème de santé mentale.

Voici ce que nous avons découvert.
Si nous incluons le stress financier, personnel et professionnel, le pourcentage de dossiers double pratiquement.

Cette situation se traduit notamment par une hausse du nombre des demandes d’indemnisation liées à la santé mentale et une augmentation du coût de l’absentéisme chez les travailleurs canadiens.

Encore plus inquiétant, le stress au travail continuera probablement de s’intensifier avant de s’atténuer en raison des pressions concurrentielles qui s’exercent dans le monde du travail au Canada.

L’étude offre également des pistes pour aider les organisations à mieux gérer les conséquences du stress et de l’anxiété, et à les atténuer.

Analysons les résultats plus en détail.

1. Par rapport à 2009, le stress a presque doublé.

Depuis cinq ans, nous constatons :

  • une augmentation significative du stress en milieu de travail;
  • deux fois plus de dossiers associés au stress financier;
  • trois fois plus de dossiers associés au stress personnel.

2. Le degré de stress est relativement le même dans tous les secteurs d’activité. Cependant, il varie considérablement d’une entreprise à l’autre et d’un établissement à l’autre dans une même entreprise.

On pourrait croire que certains secteurs d’activité génèrent plus de stress que d’autres. Les recherches laissent plutôt entendre le contraire.

Prenons l’exemple de la violence et du harcèlement en milieu de travail.

Sans pointer un secteur d’activité en particulier, l’étude révèle que le taux d’incidence médian de violence et de harcèlement au travail s’établit à 2,4 pour cent. Ce taux est similaire dans tous les secteurs.

Cependant, certaines entreprises affichent un taux cinq à six fois supérieur à la médiane. La disparité est donc importante. Que peut-on en conclure?

Que feriez-vous si vous appreniez que l’un de vos bureaux ou établissements affiche un taux d’incidence six fois supérieur à la médiane? Je pense que vous examineriez la situation de près et que vous tenteriez d’en déterminer la cause.

3. La région importe peu.

Il est logique que le stress soit plus élevé dans une région économiquement défavorisée ou encore dans un endroit où le personnel n’est pas suffisamment nombreux, par exemple, dans un champ de pétrole.

L’analyse des données montre que le niveau de stress est lié à l’établissement de travail et non à la région dans laquelle il se trouve.

Autrement dit, si vous croyez que la région pose un problème, vous ne pouvez rien faire à part déménager. Mais si vous savez que l’établissement pose un problème et non la région, vous pouvez alors examiner la situation de plus près et agir.

4. Sur les 500 000 personnes qui nous appellent chaque année, 40 pour cent déclarent que leur santé mentale est passable ou mauvaise.

Je parle d’environ 500 000 appels que nous recevons à notre centre d’accès aux services, où se trouve notre personnel de première ligne et où nous ouvrons près de 400 000 nouveaux dossiers chaque année.

Parmi ces appels, 200 000 employés canadiens et membres de leur famille déclarent que leur santé mentale est passable ou mauvaise.

Certains d’entre vous pensent peut-être que c’est normal : si ces personnes font appel à un programme d’aide aux employés, c’est qu’elles ont un problème de santé mentale, mais c’est faux! Les gens font appel au programme pour toutes sortes de raisons : ils ont besoin d’aide pour un parent âgé, une blessure physique, des conseils en matière de finance, un problème de garde d’enfant.

Ce taux de 40 pour cent se rapporte à TOUS les appels que nous recevons, et non seulement à ceux pour lesquels un dossier de santé mentale est ouvert.

Pourquoi est-il important de faire le suivi de ce taux de 40 pour cent? Vous ne voudriez pas savoir quel est le pourcentage dans votre entreprise, et s’il augmente ou diminue au fil du temps?

5. Le stress des employés va probablement s’intensifier encore avant de s’atténuer.

Pensez à l’endettement des consommateurs canadiens qui ne cesse d’augmenter depuis dix ans. Et notre étude montre que le stress financier a doublé depuis quatre ans. Pensez également aux taux d’intérêt qui augmenteront certainement.

Dans trois ans, les taux d’intérêt seront vraisemblablement plus élevés qu’aujourd’hui. Sachant que le stress financier s’intensifie depuis quatre ans, de quelle façon le degré global de stress et d’anxiété évoluera-t-il dans les prochaines années, selon vous?

Il est très probable qu’il augmentera.

6. Sur le plan du stress au travail, la technologie est un outil à deux tranchants.

De quelle manière? Commençons par l’aspect positif.

Comme vous le savez sans doute, les personnes de 20 à 29 ans utilisent les applications numériques deux fois plus que les autres groupes d’âge pour accéder au programme d’aide aux employés et à la famille et, dans notre base de données, le nombre de clients de ce groupe d’âge a plus que doublé depuis un an. Il faut s’en réjouir.

L’utilisation de ces programmes à partir d’un appareil mobile a augmenté.

Nous avons également constaté une augmentation du service de cybercounseling : plus de 1 000 personnes utilisent ce service chaque mois.

Pendant ce temps, la technologie et les appareils numériques introduisent de nouvelles variables d’intérêt clinique pour les chercheurs en santé mentale.

La surcharge d’information constitue sans doute le problème le mieux connu de cette nouvelle catégorie. Cependant, il faut regarder les choses en face : la technologie fait désormais partie de notre quotidien.

Imaginez un journaliste sans accès à Internet, sans réseau, sans moteur de recherche, sans site Web.

C’est impossible.

Toutefois, il est évident que ce temps passé sur Internet entraîne un coût, et nous le croyons lié au stress.

Et la gestion de ce stress devient de plus en plus importante.

7. Les mesures correctives ou l’intervention précoce fonctionnent.

Cela peut sembler évident

Examinons plusieurs indicateurs associés à des absences.

Les données ci-dessous sont fondées sur l’analyse effectuée par l’université Queen’s sur une série de nos dossiers touchant différents problèmes, et sur le questionnaire rempli par les clients avant et après les séances de counseling.

Dépendances : les employés qui consultent pour une dépendance ont déclaré qu’elles auraient manqué 26 jours de travail avant le counseling; après le counseling : 2,7 jours.

Problèmes conjugaux : avant le counseling, 29,7 jours; après le counseling, 16,1 jours.

Problèmes émotionnels personnels : avant le counseling, 54,2 jours; après le counseling, 41 jours.

En ce qui concerne le stress en milieu de travail : avant le counseling, 50,2 jours; après le counseling, 33,7 jours.

Dans ce domaine, nous avons des données plus récentes fondées sur un sondage mené en 2013 auprès de tous nos clients du programme d’aide aux employés et à la famille. Il souligne les avantages d’une intervention précoce et de l’interaction avec les conseillers. Notre sondage montre que plus de la moitié des personnes qui ont consulté au PAEF l’an dernier pour obtenir de l’aide se seraient absentées du travail si elles n’avaient pas obtenu de counseling.

De plus, parmi les personnes qui se seraient absentées du travail, plus de la moitié nous a dit qu’elles se seraient absentées pendant plus de 20 jours.

D’après ce que nous voyons et entendons chaque jour, il m’apparaît incontestable que les mesures correctives entraînent une amélioration notable.

Quels enseignements pouvez-vous tirer de ces données?

Voici cinq choses auxquelles vous devez réfléchir :

1. Tout d’abord, nous devons marquer un temps d’arrêt pour réfléchir et constater que tous les problèmes de santé mentale restent durement stigmatisés dans les milieux de travail, puis nous devons agir.

Si vous devez être efficace au travail, mais que vous avouez ne pas l’être pour une raison intangible, vous nuisez tout simplement à votre avancement de carrière. Nous sommes tous réticents à reconnaître la réalité des problèmes de santé mentale, et c’est normal.

Cependant, nous ne pouvons résoudre un problème dont nous ignorons l’existence. Si vous occupez un poste de gestion dans votre entreprise, vous devez aider les employés à se sentir à l’aise de vous parler de leurs problèmes.

Cela peut sembler étrange, mais certaines personnes doivent accepter que leur productivité baisse à court terme pour qu’elle puisse ensuite remonter.

2. Ensuite, vous vous devez à vous-mêmes et à votre entreprise de recueillir des données précises sur votre milieu de travail afin de mieux comprendre les problèmes de vos employés.

Vous devez le reconnaître et nos données le confirment : chaque équipe, chaque effectif, a ses particularités. Il est donc très important de vous appuyer sur les données de votre entreprise.

Nous garantissons l’entière confidentialité de tous nos dossiers du PAEF. Cependant, nous connaissons l’importance pour les clients de connaître les tendances relatives aux problèmes de leurs employés et nous leur communiquons ces renseignements.

3. Si vous ne l’avez pas déjà fait, amorcez un dialogue à ce sujet avec les dirigeants de votre organisation.

Si vous travaillez dans une grande ou une moyenne entreprise, je parle de l’équipe de direction. Commencez par obtenir de meilleures données et efforcez-vous de les comprendre, ce qui ne se produira pas au cours d’une rencontre d’une heure. Vous devez mettre en place un processus dynamique qui permettra graduellement d’incorporer de nouveaux paramètres au tableau de bord de l’entreprise.

Si vous travaillez dans une petite ou très petite entreprise, examinez le type d’avantages sociaux que vous offrez aux employés en vous demandant s’ils englobent des services qui favorisent le mieux-être et atténuent le stress chez les employés.

À titre de gestionnaire, vous devez tenir compte du fait que les employés doivent maintenant gérer de multiples sources de stress et intervenir, mais sans vous immiscer dans leur vie personnelle, car ce n’est pas votre rôle. Cependant, vous pouvez observer les manifestations de stress chez vos employés, identifier ceux qui sont touchés et les aider à obtenir le soutien dont ils ont besoin.

4. Vous devez être convaincus que les mesures correctives fonctionnent vraiment.

Les mesures correctives sont un terme que nous utilisons dans mon entreprise pour désigner l’intervention précoce. Voyons en quoi elle consiste.

Si des employés souffrent en silence de stress et d’anxiété, nous devons les inciter à consulter, à demander de l’aide le plus rapidement possible.

En ce qui concerne les gestionnaires de votre entreprise : ici aussi, vous devez intervenir plus rapidement, de manière proactive. Offrez-leur des formations qui les aideront à identifier et à aider les employés qui en ont besoin à obtenir du soutien.

L’équipe de recherche de l’université Queen’s croit que la plupart des superviseurs dans les entreprises canadiennes ne possèdent pas une formation qui les rend en mesure de gérer ou d’aider les employés qui pourraient montrer des symptômes de maladie mentale. Chez Morneau Shepell, nous avons développé à l’intention des gestionnaires un programme de formation qui comble cette lacune dans leur développement professionnel.

Dans le cadre de votre travail, utilisez et analysez les données recueillies dans votre entreprise afin d’accélérer la mise en place d’interventions ciblées.

5. Un dernier point, mais non le moindre : vous pouvez vous renseigner sur la norme nationale canadienne sur la santé et la sécurité psychologiques en milieu de travail.

Pour ceux d’entre vous qui ne sont pas au courant, cette norme canadienne d’application volontaire a été adoptée l’an dernier. Elle s’appuie sur la logique des systèmes de santé, sécurité et environnement, sauf qu’elle a été élargie et appliquée à la santé mentale.

Dites-vous que la norme est en quelque sorte un système d’alerte précoce qui permet d’éviter les problèmes liés au stress en milieu de travail et contribuer à identifier les employés qui ont besoin d’aide. Elle est également beaucoup plus que cela. C’est une stratégie qui permet aux organisations d’atténuer les problèmes de stress au travail d’une manière éclairée, systémique et efficace, en aidant les personnes vulnérables à obtenir le soutien dont elles ont besoin de la manière la plus sûre qui soit.

Dans mon entreprise, nous étions fiers que nos experts participent à l’élaboration de cette nouvelle norme aux côtés du gouvernement fédéral et des autres intervenants. Votre entreprise l’a-t-elle déjà adoptée?

Pour ceux d’entre vous qui ne connaissent pas la norme, je vous incite à vous renseigner à ce sujet afin de comprendre son application dans votre entreprise ou votre organisation.

En terminant :

Au Canada, il est évident que nous devons intensifier le débat sur le stress, la santé mentale et notre productivité nationale.

La sensibilisation est un catalyseur important et critique.

Pour y parvenir, les médias et toutes les personnes dans cette salle ont un rôle important à jouer : ils doivent consulter des experts, se renseigner et faire connaître ce qui se passe dans les milieux de travail canadiens. C’est l’une des raisons de ma présence ici aujourd’hui. Nos experts sont régulièrement en contact avec des journalistes à qui ils fournissent matière à rédaction et qu’ils aident dans leur recherche.

En outre, compte tenu de la nature de nos activités, nous sommes souvent sur les lieux d’événements traumatisants et de grandes souffrances dont certaines sont accablantes. L’explosion du train à Lac-Mégantic, les inondations de Calgary et les nombreux vols de banque qui se produisent partout au Canada tous les mois sont des exemples qui me viennent à l’esprit.

Enfin, aussi importante que soit ce grand débat sur l’avenir du Canada en tant que concurrent actif dans l’économie mondiale, je voudrais terminer en mentionnant l’élément le plus important : les employés en santé sont plus productifs au travail.

La journaliste que j’ai interviewée à Halifax était très jeune. Elle était en santé, enthousiaste et fortement engagée à l’égard de sa profession. Nous voulons tous qu’elle le demeure.

Je vous remercie de votre attention.