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Rapport 2015 sur les priorités en matière de santé mentale au travail

Découvrez ce que les employeurs, les employés et les médecins pensent de la santé mentale au travail.

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À quel âge pouvons-nous prendre notre retraite?

Dans le dernier numéro de Vision, nous avons vu qu’une abondante population active avait fait chuter l’âge de la retraite, mais que la pénurie de travailleurs qui se profile à l’horizon nous forcera un jour à travailler plus longtemps. Mais qu’entend-on exactement par plus longtemps? Nous allons tenter de répondre à cette question en établissant à quel âge nous pourrons nous permettre de prendre notre retraite et à quel âge l’économie nous laissera prendre notre retraite. Au final, les deux approches doivent arriver au même résultat.

Un actuaire affirmera que nous pourrons prendre notre retraite lorsque nous aurons épargné suffisamment d’argent. Or, ce qui est vrai à titre individuel le deviendra également pour le pays, car nous ne pourrons pas nous décharger du coût de nos régimes de retraite sur les générations suivantes encore bien longtemps. En sachant combien d’argent les Canadiens sont prêts à épargner et le revenu de retraite qu’ils espèrent obtenir, l’actuaire peut calculer l’âge auquel nous pouvons collectivement nous permettre de prendre notre retraite.

Évidemment, les gens pourront continuer à prendre leur retraite à l’âge qui leur chante, que ce soit avant 50 ans ou après 80, mais par souci de simplicité, nous supposerons que tout le monde prendra sa retraite au même âge. Nous supposerons également que tout le monde, sauf les ménages au plus faible revenu, cotise le même pourcentage constant de son salaire et vise le même revenu de retraite exprimé en pourcentage du dernier salaire. Nous supposerons aussi que la tranche inférieure de 40 % des ménages par niveau de revenu ne cotisera que la moitié du pourcentage du salaire et qu’elle ciblera un revenu de retraite plus élevé. Nous tenterons donc de répondre à cette question précise :

À quel âge pouvons-nous tous prendre notre retraite le plus tôt avec une rente acceptable, sans nous décharger de ce fardeau sur la génération suivante?

Nous savons que la réponse est probablement après 62 ans, même s’il s’agit de notre âge de retraite moyen actuel. Comme nous l’avons vu dans le dernier numéro de Vision, le contexte économique et démographique sera probablement beaucoup moins propice dans un proche avenir.

UN RÉGIME NATIONAL GLOBAL

En lieu et place de la SV, du SRG, du RRQ/RPC et des divers instruments de retraite exonérés d’impôt qui constituent le troisième pilier du revenu de retraite, imaginons que nous disposions d’un seul régime de retraite global qui répond à tous nos besoins à la retraite. Ce concept met plus facilement en lumière le lien entre le taux d’épargne global, le revenu de retraite et l’âge de la retraite. Par ailleurs, si nous découvrons que nous n’avons pas les moyens de nous doter d’un seul régime efficace qui répond à tous nos besoins, nous ne serons pas plus en mesure de nous offrir les divers régimes que nous avons déjà, avec leurs lacunes et leurs chevauchements.

Le régime global serait entièrement provisionné par les cotisations des employés et les cotisations de contrepartie des employeurs. Nous ne tiendrons pas compte du gouvernement dans notre hypothèse, car en définitive, ce sont les employés et les employeurs qui paient la part du gouvernement par l’entremise de leurs impôts. La méthode que nous avons appliquée pour calculer un âge de retraite national viable consiste à :

  • définir le taux de cotisation au niveau le plus élevé que nous estimons viable à long terme;
  • établir un revenu de retraite cible raisonnable, et
  • déterminer l’âge de la retraite le plus précoce auquel notre taux de cotisation produit le revenu de retraite ciblé.

QUEL TAUX DE COTISATION SOMMES-NOUS PRÊTS À CONSENTIR?

Actuellement, les employeurs et les employés cotisent chacun 4,95 % du salaire au Régime de pensions du Canada (ce taux est un peu plus élevé au Québec), mais seulement sur les gains inférieurs au salaire national moyen, soit environ 50 000 $. Exprimé en pourcentage du salaire total, ce chiffre est inférieur à 4,95 %. De plus, nous cotisons indirectement à la SV et au SRG par nos impôts sur le revenu, ce qui équivaut à environ 1 % du salaire1. Enfin, nous cotisons à notre régime de retraite et notre REER. Pour la plupart des gens, ces cotisations varient de 0 % à 12 % du salaire, le pourcentage le plus élevé concernant les participants de certains régimes de retraite du secteur public et les travailleurs autonomes qui cotisent à leur REER. Si nous assemblons tous ces éléments, la vaste majorité des gens épargnent moins de 10 % de leur salaire pour la retraite, en ne tenant pas compte des cotisations patronales. Les travailleurs plus jeunes, les employés de petites entreprises et les gens qui élèvent des enfants ou qui remboursent une hypothèque cotisent encore moins.

Sachant cela, nous pouvons supposer avec un certain degré de certitude que le taux d’épargne le plus élevé qu’un ménage moyen pourrait soutenir pendant une carrière complète se situe à 12 % du salaire, et probablement la moitié de cela pour la tranche inférieure de 40 % des ménages par niveau de revenu. Nous supposerons également que le taux maximum que les employeurs peuvent cotiser au nom de leurs employés est également 12 % du salaire. Il est clair que cette hypothèse est optimiste, car plusieurs petits employeurs du secteur privé ne cotisent pas au régime de retraite de leurs employés, sauf sous forme de cotisations obligatoires au RRQ/ RPC. Les petites entreprises ne manqueraient pas de nous rappeler qu’un taux de cotisation de 12 % aurait tôt fait de les mettre en faillite. Donc, le taux de cotisation combiné maximum pourrait atteindre 24 %, mais pourrait tout aussi bien être plus bas.

ÉTABLIR UN OBJECTIF DE REVENU DE RETRAITE

Il faut ensuite établir notre objectif de revenu de retraite. On croit depuis longtemps que cet objectif devrait s’établir à 70 % du salaire de fin de carrière, ou même davantage, mais cela n’est tout simplement pas réaliste, sauf pour les ménages à faible revenu. Nous avons effleuré le sujet dans des numéros antérieurs de Vision, alors que nous illustrions que l’objectif neutre est habituellement considérablement inférieur à 70 %2.

Pour l’instant, supposons qu’un objectif de revenu de retraite raisonnable s’établirait à 50 % du salaire de fin de carrière. Cet objectif de 50 % peut sembler bien modeste, mais souvenons-nous que la plupart des plus grosses dépenses d’une vie (rembourser l’hypothèque, élever les enfants, épargner pour la retraite) sont un lointain souvenir au moment de prendre notre retraite.

Nous utiliserons un objectif de 90 % du salaire de fin de carrière pour le dernier quintile des ménages canadiens par niveau de revenu (c’est-à-dire la tranche inférieure de 20 %) et un objectif de 75 % pour l’avant-dernier quintile. Ces taux plus élevés reflètent la réalité des Canadiens à faible revenu, qui touchent souvent une rente plus élevée des régimes d’État que ce qu’ils gagnaient en revenu d’emploi, et habituellement, ils en ont besoin. Cependant, nous allons tout de même appeler notre régime global le « régime à 50 % » aux fins de l’exercice.

LE COÛT DU RÉGIME À 50 %

La prochaine étape consiste à établir le coût du régime à 50 % pour chaque âge de retraite entre 60 et 70 ans, jusqu’à ce que nous trouvions l’âge de retraite le plus précoce auquel le coût correspondra à 24 % du salaire ou moins. L’établissement du coût des régimes de retraite pour tous les Canadiens réunis en un seul régime commun exige l’utilisation d’un modèle informatique hautement complexe qui intègre les données démographiques actuelles, l’amélioration future de l’espérance de vie, les tendances liées à l’immigration, le taux de participation de la population active, le taux de fertilité, l’inflation, le comportement des marchés financiers, etc. Heureusement, ce modèle existe déjà : il s’agit du système d’évaluation du Régime de pensions du Canada. Ce modèle est assez solide pour évaluer si le RPC est viable en fonction du taux de cotisation actuel pour les 75 années à venir. Pour les curieux, nous avons décrit notre méthodologie en annexe.

À l’aide de ce modèle, nous pouvons calculer le coût total approximatif, si une personne commençait à toucher ses prestations de retraite à tout âge entre 60 et 70 ans. Le résultat figure au tableau 1 :

Coût d’un régime à 50

Les résultats du tableau 1 sont quelque peu intimidants, mais demeurent réalistes. Un taux de cotisation de 24 % nous permet de prendre notre retraite à 62 ans avec une rente égale à 50 % de notre salaire de fin de carrière. Coïncidence, il s’agit de l’âge moyen de la retraite actuel, même si nous cotisons passablement moins que 24 % de notre salaire pour y arriver. Si nous croyons qu’un taux de 24 % est tout simplement impensable, le tableau 1 nous dit qu’un taux de cotisation de 20 % nous permet de prendre notre retraite à 65 ans. Si nous réduisons le taux à 16 % (8 % employé, 8 % employeur), l’âge de retraite correspondant est de 69 ans.

Le coût élevé des rentes ne constitue pas vraiment une surprise. Comme nous l’avons appris dans le dernier numéro de Vision, les marchés financiers produiront probablement des taux de rendement plus faibles au cours des prochaines années, et nous vivrons plus longtemps (voir l’encadré « Quelle est notre espérance de vie? »). En outre, n’oublions pas que notre modèle suppose que la génération actuelle assume le coût total de sa propre retraite et n’en passe pas une partie à la génération suivante.

LES CANADIENS PEUVENT-ILS ÉPARGNER 12 % DE LEUR SALAIRE?

Le tableau ci-dessous montre les dépenses annuelles d’un ménage du troisième quintile. Par troisième quintile, nous entendons un ménage qui gagne plus que la tranche de 40 % des ménages qui gagnent le moins, mais moins que la tranche de 40 % des ménages qui gagnent le plus : c’est donc la tranche du milieu.

DÉPENSES D’UN MÉNAGE MOYEN3

Dépenses d'un ménage moyen

À partir de ce tableau, il est tout à fait imaginable qu’une personne qui gagne 60 000 $ par année soit assez diligente pour réduire sa consommation et épargner 12 % de son salaire, mais il est difficile de voir tout le monde consentir les sacrifices nécessaires pour y arriver. Il faudrait sabrer toutes les dépenses, ce qui réduirait considérablement le niveau de vie.

NOTRE MARGE DE MANOEUVRE

Nous pourrions tout de même être en mesure d’assumer un taux de cotisation légèrement inférieur à 24 % et prendre quand même notre retraite à 62 ans, et ce pour deux raisons. Premièrement, nous disposons d’un autre actif que nous pouvons convertir en revenu de retraite. Nous avons en effet présenté le concept d’actif du quatrième pilier dans le numéro d’avril 2010 de Vision : cet actif comprend la valeur de la maison ou de tout autre bien immobilier, la valeur d’une entreprise, les héritages, les comptes bancaires, etc. Les retraités d’aujourd’hui puisent considérablement dans cet actif pour arrondir le revenu de retraite insuffisant que leur procurent les trois autres piliers qui forment notre système de revenu de retraite. Rien ne nous porte à croire que cela changera.

Deuxièmement, nos calculs supposent avec prudence que les rentes seront pleinement indexées en fonction des variations de l’IPC après notre retraite. La nécessité d’indexer pleinement les rentes est rarement remise en question, mais il faudra peut-être s’y résoudre. Une personne de 80 ans qui ne voyage plus beaucoup, n’achète pas de meubles, n’entretient pas deux voitures ou fréquente moins les restaurants consomme certainement moins qu’un retraité de 62 ans. Bien que les coûts de santé soient plus élevés pour la personne de 80 ans, ces coûts sont souvent pris en charge par l’État et non par la personne elle-même. Les statistiques provenant du Canada et d’autres pays montrent que le groupe d’âge dont le taux d’épargne est le plus élevé est constitué des gens de 80 ans et plus. Suivant cette logique, indexer les rentes pour ne tenir compte que d’une portion des variations de l’IPC, par exemple 50 %, devrait suffire. Si nous retenions cette solution, les rentes seraient substantiellement moins onéreuses. Nous pourrions tenter d’intégrer ces éléments dans notre estimation, mais puisque notre estimation est relativement prudente, ne touchons pas aux coûts figurant dans le tableau 1.

LE COÛT D’UN RÉGIME À 70 %

La plupart des régimes de retraite publics et certains régimes privés de grandes sociétés sont fondés sur l’objectif de 70 % et supposent que la totalité du revenu de retraite proviendra des trois piliers classiques, et non de l’actif du quatrième pilier. Mais si on fait le calcul, il appert que l’objectif de 70 % est pratiquement irréalisable si l’on ne compte que sur le REER ou les instruments de capitalisation équivalents pour atteindre ce chiffre. C’est la conclusion que nous pouvons tirer du tableau 2, qui illustre le coût d’un régime à 70 % dont la rente est pleinement indexée :

Coût d’un régime à 70 %

Il faut être réaliste, ce ne sont pas tous les Canadiens qui commenceront à épargner à un taux de 30 % afin de prendre leur retraite à 62 ans avec une rente équivalente à 70 % de leur salaire de fin de carrière. Il y a deux solutions : soit nous tenons mordicus à notre objectif de 70 % et nous nous résignons à prendre notre retraite vers les 70 ans, soit nous prenons notre retraite à 62 ans et nous réduisons notre objectif de revenu à environ 50 % de notre salaire de fin de carrière. Or, il est fort probable que nous fassions l’un et l’autre.

QUELLE EST NOTRE ESPÉRANCE DE VIE?

L’actuaire en chef du Régime de pensions du Canada prévoit qu’au cours des 70 prochaines années, l’espérance de vie des Canadiens qui atteignent 65 ans passera de 83 ans à un peu plus de 87 ans. Pour les Canadiennes de 65 ans, l’espérance de vie passera de 86 ans à près de 90 ans! En supposant que l’âge moyen actuel de la retraite ne change pas, la durée moyenne de la retraite pourrait éventuellement atteindre 25 ans pour les hommes et 28 ans pour les femmes. Il semble aussi que cette longévité accrue s’accompagne d’une meilleure santé tout au long de la retraite. Par exemple, en 1966 35 % des hommes de 65 ans pouvaient s’attendre à décéder dans les dix années suivantes. Les tables utilisées par le RPC indiquent cependant que d’ici 2075, ce ne sera le cas que pour 10 % des hommes de 65 ans.

Depuis un siècle, les avancées médicales et l’amélioration générale de la qualité de vie ont prolongé l’espérance de vie de près de 30 ans. Il s’agit d’un des plus grands exploits du 20e siècle et tout indique que cette tendance se poursuivra dans un avenir prévisible.

L’espérance de vie n’est pas toujours utilisée de manière uniforme. On dit en effet qu’au Canada, l’espérance de vie des hommes est de 78 ans, mais que les hommes de 65 ans peuvent s’attendre à vivre jusqu’à 83 ans. Or, ces énoncés apparemment contradictoires sont tous les deux vrais. La différence est que le premier âge est calculé à partir de la naissance et le second à partir de 65 ans, âge auquel notre homme est déjà parvenu. Depuis 1900, la longévité à la naissance s’est allongée de 27 ans pour les hommes et de 31 ans pour les femmes.

Ce phénomène a donné naissance à la légende voulant qu’avant 1900, les gens ne vivaient que jusqu’à 50 ans environ. Or, rien n’est plus faux. Même dans l’Antiquité, certaines personnes ont vécu jusqu’à un âge très avancé et sont demeurées productives jusqu’à la fin. Sophocle écrivait encore des pièces de théâtre à 91 ans. Platon a achevé sa dernière oeuvre à 81 ans. Sur une échelle un peu moins prestigieuse, mon propre grand-père est né en 1885 et est décédé à 91 ans. Son propre père est né vers 1840 et est mort à 93 ans. Cette longévité n’avait rien d’exceptionnel dans leur village. Même avant 1900, si quelqu’un survivait jusqu’à 70 ans, il n’était pas rare qu’il atteigne 80 ou même 90 ans. Le tout était de passer le cap des 70 ans. En 1889, année où Bismarck a instauré les pensions en Allemagne, moins de 5 % des Allemands vivaient jusqu’à cet âge. Les principaux obstacles à cette longévité étaient la mortalité infantile et, dans le cas des femmes, le décès à l’accouchement. Mais une fois ces obstacles franchis, les chances de vivre longtemps étaient raisonnablement bonnes.

Jusqu’en 1970, la longévité s’est accrue principalement grâce au déclin de la mortalité infantile; par la suite, les gains se sont manifestés à des âges plus avancés4. Ce phénomène a marqué un tournant, car pour la première fois, les nouveaux retraités pouvaient espérer jouir d’une retraite beaucoup plus longue que les gens du même âge en 1970. Par exemple, un homme qui avait 65 ans en 1970 n’avait que 25 % de probabilité de toucher ses prestations de retraite pendant 20 ans. Pour l’homme de 65 ans d’aujourd’hui, cette probabilité a plus que doublé. C’est l’une des raisons pour lesquelles les rentes sont devenues considérablement plus coûteuses.

LE POINT DE VUE DE L’ÉCONOMIE

Nous sommes des actuaires, pas des économistes. Voyons donc ce que ceux-ci pensent du report de la retraite, du point de vue de l’économie. Dans un commentaire publié par C.D. Howe5, Peter Hicks croit que l’âge moyen de la retraite augmentera d’un peu plus de cinq ans entre 2010 et 2031. Donc, environ 67 ans. Parmi les divers arguments soutenant cette tendance, il y a le fait que l’augmentation de l’âge de la retraite pourrait stabiliser le « rapport producteurs-consommateurs », c’est-à-dire le rapport entre le temps passé à travailler à la production de produits et de services et le temps passé à ne pas travailler. La prédiction faite par M. Hicks correspond en tous points à nos propres calculs actuariels, qui montrent qu’il sera beaucoup plus facile d’épargner pour notre retraite si nous travaillons quelques années de plus.

Nous n’avons pas pu nous empêcher d’ébaucher notre propre calcul économique pour voir s’il ressemble à celui de M. Hicks. Dans le plus récent numéro de Vision, nous mentionnions que le dernier rapport d’évaluation du RPC estimait que 3,1 millions de personnes joindraient la population active au cours des 30 prochaines années. Puisqu’il s’agit là de trois millions de travailleurs de moins que ce que nous avons vu au cours des 30 dernières années, le déficit est notable, bien que ce déficit puisse être inférieur à trois millions en raison de l’augmentation de la productivité et d’une croissance économique moins rapide dans les années à venir. Il est impossible d’établir ce déficit avec précision, mais nous l’estimons à environ deux millions. Donc, si tous les sexagénaires reportaient leur retraite de quatre ans, cela ajouterait deux millions de personnes à la population active d’ici 2040. Un report de quatre ans ferait passer l’âge moyen de la retraite de 62 ans à environ 66 ans. Nous savons que ce calcul est simpliste, mais il n’en reste pas moins qu’il appuie la prévision que 66 ans deviendra l’âge de la retraite dans un avenir pas si éloigné.

UN CHANGEMENT DE PARADIGME S’IMPOSE

Il y a cinquante ans, il fallait travailler près de cinq ans pour chaque année passée à la retraite et malgré cela, nos aînés étaient pauvres. Aujourd’hui, nous ne travaillons plus que 1,6 année en moyenne pour chaque année passée à la retraite et exigeons en plus un meilleur niveau de vie. Et après, on se demande pourquoi cet objectif est irréalisable, particulièrement si l’on considère les problèmes démographiques et économiques qui se pointent à l’horizon. Lorsqu’il y a un très grand nombre de travailleurs pour soutenir un petit nombre de retraités, aucun régime de retraite ne semble trop extravagant, surtout si le coût de ces programmes est exprimé selon la méthode de comptabilisation au décaissement (pay-as-you-go). Le coût des régimes de retraite non capitalisés, comme la SV et le SRG ou comme le RRQ/RPC avant 1997, commencera éventuellement à s’alourdir en tant que pourcentage du PIB à mesure que la population vieillira.

Si nous voulons continuer à prendre notre retraite à 62 ans, nous devrons épargner une part exorbitante de notre salaire, soit 24 %, pour retirer un revenu de retraite apparemment modeste, soit 50 % du dernier salaire. Ce triste fait s’inscrit dans la litanie d’avertissements austères émis par diverses sources quant à la crise qu’il nous faudra traverser à la retraite, à moins d’épargner davantage. Or, nous n’envisageons peut-être pas le problème de la bonne façon. Comme nous l’avons vu dans le dernier numéro de Vision, l’économie a besoin que nous travaillions plus longtemps et que nous prenions notre retraite plus tard. Plutôt que d’épargner davantage afin de prendre notre retraite plus tôt, il serait peut-être plus judicieux d’épargner le même pourcentage de notre revenu, ou même moins, et nous résigner à reporter notre retraite.

Nos besoins économiques devraient correspondre à nos rêves de retraite. En prévoyant prendre notre retraite à 66 ans, par exemple, et en épargnant suffisamment en fonction de cet objectif, la situation est mutuellement avantageuse. Du point de vue collectif, nous améliorons le mieux-être économique du pays et du point de vue individuel, nous pourrons épargner moins et obtenir tout de même un revenu de retraite décent, mais plus tard. Ce scénario ne plaira pas à tout le monde, car nous ne sommes pas tous prêts à travailler plus longtemps. Cette vision de l’avenir pourrait être plus acceptable si ces dernières années de travail se prêtent à un horaire plus flexible ou à temps partiel (en contrepartie bien sûr d’un salaire moins élevé).

Les baby-boomers n’ont pas trop à s’inquiéter. Ils peuvent continuer à prendre une retraite anticipée, surtout s’ils acceptent d’utiliser leur actif du quatrième pilier. La nécessité de réduire nos attentes (en prenant notre retraite plus tard) commencera à se faire vraiment sentir d’ici une dizaine d’années, si nos prévisions quant à la baisse du taux de chômage, au ralentissement de la hausse du prix des maisons, à une plus grande espérance de vie et aux rendements plus faibles des placements se réalisent.

UN MESSAGE AUX EMPLOYEURS

Nous recommandons aux employeurs offrant des régimes de retraite à prestations déterminées (PD) d’examiner d’un oeil critique les dispositions relatives à la retraite anticipée de leurs régimes ainsi que leur stratégie de rémunération globale. La retraite anticipée subventionnée est pertinente uniquement parce que plusieurs employeurs ne souhaitent pas garder leurs travailleurs après 62 ans. Certains régimes PD du secteur privé et un nombre croissant de régimes du secteur public arrivent à la conclusion qu’il faut réduire les incitations financières à la retraite anticipée.

La rémunération des travailleurs vieillissants a tendance à devenir trop coûteuse avec le temps, car le salaire et les avantages sociaux continuent de croître même lorsque la productivité ne suit pas la même tangente. Les employeurs choisissent la voie de la facilité en préférant ne pas voir la chute de productivité et en poussant les travailleurs plus âgés vers la retraite, soit en augmentant les prestations de retraite, soit en offrant une indemnité de départ, lorsque l’écart devient trop visible. Le défi consiste donc à harmoniser continuellement la rémunération et la productivité, de sorte que les employeurs acceptent de garder à leurs services les travailleurs dans la soixantaine avancée.

Annexe

Utilisation du moteur du RPC pour calculer les coûts

Même si le régime à 50 % implique un niveau de rente et un âge de départ à la retraite différents de ceux du RPC, les modifications que nous devons effectuer pour établir le coût du régime à 50 % sont relativement simples. Le coût du RPC est de 9,9 % divisé à parts égales entre l’employeur et l’employé. Une partie de ce coût sert à provisionner les prestations pour services passés, puisqu’à une certaine époque, le régime était moins capitalisé qu’il ne l’est aujourd’hui, et qu’il nous reste encore des dizaines d’années de rattrapage. Le coût des prestations au titre du RPC qui sont accumulées pour chacune des années à venir se rapproche davantage de 6 % du salaire. Ce taux de cotisation produit une prestation de retraite à partir de 65 ans égale à 25 % du plafond des gains moyen au titre du RPC pour les cinq dernières années avant la retraite. Par contre, ce n’est pas ainsi que nous voulons exprimer la rente au titre du régime à 50 %. Nous voulons plutôt l’exprimer en tant que pourcentage du salaire de fin de carrière parce que c’est ainsi que les objectifs de retraite sont habituellement définis et que nous avons établi l’objectif du régime à 50 %. Pour obtenir ce chiffre, nous devons apporter quelques modifications à la formule du RPC afin de tenir compte des périodes sans revenu ou à faible revenu, du salaire de la dernière année de carrière au lieu du salaire moyen des cinq dernières années, et de l’utilisation du salaire réel (y compris les augmentations liées au rendement et aux promotions), tous des paramètres que le RPC n’intègre pas.

Une fois ces modifications apportées, nous constatons qu’un taux de cotisation de 6 % du salaire consenti pendant toute la durée d’une carrière procure à 65 ans une rente équivalente à environ 19 % du salaire de la dernière année. Capitaliser une rente de 50 % du salaire de la dernière année exigerait donc un taux de cotisation d’environ 15,3 % du salaire pendant toute la carrière. Ce coût suppose que tous les Canadiens participent de façon égale; mais souvenons-nous que les Canadiens à faible revenu paient une très petite part de leur rente, car la plus grande partie de celle-ci vient de la SV et du SRG, qui sont financés par l’ensemble des revenus fiscaux. Nous devons donc rajuster le coût pour tenir compte du fait que les Canadiens qui gagnent plus subventionnent ceux qui gagnent moins. Nous supposerons que la tranche inférieure de 40 % des ménages par niveau de revenu paie seulement la moitié du coût de leur rente, alors que l’autre moitié du coût est payée à même les cotisations de la tranche supérieure de 60 % des ménages. Juste ou injuste, là n’est pas la question, car c’est essentiellement de cette manière que notre système de retraite fonctionne actuellement.

1L’impôt personnel représente environ 20 % de notre revenu total, alors que les sommes consacrées à la SV et au SRG totalisent un peu plus de 5 % des dépenses totales du gouvernement. En multipliant ces deux chiffres, nous voyons que 1 % de nos revenus avant impôt est destiné à la SV et au SRG.
2Se reporter au numéro de septembre 2010 de Vision.
3Tiré du catalogue numéro 62-202-X de Statistique Canada
4Étude de mortalité du Régime de pensions du Canada, juillet 2009
5Commentaire numéro 345, publié en 2012; Peter Hicks a été sous-ministre adjoint dans plusieurs ministères du gouvernement fédéral.


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